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Le terme système proprioceptif a été proposé pour la première fois par Sherrington il y a plus de 100 ans (1). Sherrington a également mis en évidence que pour que le mouvement ait lieu, il faut qu'il y ait excitation d'un ou de plusieurs muscles agonistes avec une inhibition simultanée du ou des muscles antagonistes agissant sur la même articulation (2). Pour que ces processus se déroulent sans difficultés, le cerveau doit reconnaître le bon état de tonicité de chacun des muscles impliqués.

 

Dans les années 1960, suite au travail du Dr Carpinteiro sur les patients atteints de rachialgie au département de médecine de réadaptation de l'hôpital universitaire St Maria à Lisbonne, le Dr Martins da Cunha a identifié un large éventail de symptômes chez les patients présentant des étiologies qui ne pouvaient être attribuées à des facteurs organiques. Après avoir examiné des milliers de cas, le Dr Martins da Cunha a proposé une nouvelle entité clinique - le Syndrome de Déficience Posturale, qui a donné lieu à une nouvelle publication en 1979 (3). Il a également développé le traitement du Dr Carpinteiro afin de permettre aux patients de moins compter sur les fréquentes visites à l'hôpital. Dr Martins da Cunha a appelé ce traitement Reprogrammation Posturale.

 

Dès que je suis devenu Directeur du Strabisme à l'Hôpital Universitaire St Maria en 1977, le Dr Martins da Cunha m'a demandé conseil, emmenant avec lui deux de ses patients. Il voulait que je recherche pourquoi ses patients atteints du Syndrome de Déficience Posturale avaient une façon particulière de regarder les autres « comme s'ils étaient soupçonneux », sans raison apparente. Après avoir observé comment le premier patient regardait différemment dans les deux positions latérales, j'ai modifié l'utilisation d'un Synoptophore de Clement Clarke pour étudier ce qu’il pourrait se produire au niveau du regard des deux patients dans les positions latérales.

 

Ces premières études m'ont amené à réaliser l'observation conjointe de centaines de patients avec le Dr Martins da Cunha et, en 1978, à développer une méthodologie de diagnostic ophtalmologique peu coûteuse, non invasive, rapide et précise permettant d'identifier et de classer toutes les formes du Syndrome de Déficience Posturale. En 1979, j'ai développé l'utilisation de Prismes Actifs, également connus sous le nom de Prismes Proprioceptifs, pour le traitement de chaque type de Syndrome de Déficience Posturale.

 

Avec le traitement développé par le Dr Martins da Cunha, ma contribution

a permis :

 

-des diagnostics peu coûteux, non invasifs, rapides et précis des patients atteints du Syndrome de Déficience Posturale

 

-des traitements peu coûteux et plus efficaces permettant aux patients de mieux gérer leurs conditions, sans nécessiter de fréquentes visites à l'hôpital

 

-le traitement d'un plus grand nombre de cas cliniques, ce qui était auparavant impossible, y compris celui de certains types de dysfonctions cognitives et d'ataxie fonctionnelle

 

-la compréhension de l'influence étendue du système proprioceptif dans le maintien de la santé humaine

 

-la compréhension de l'impact étendu et la diversité des dysfonctionnements de proprioception

 

-la compréhension que le Syndrome de Déficience Posturale est le résultat de Dysfonctions de Proprioception

 

-la compréhension que de nombreux symptômes de dysfonctionnements de la proprioception sont diagnostiqués à tort comme ayant une étiologie organique, même lorsqu’il n'y a aucune preuve à cet effet

 

-une meilleure compréhension de l'étiologie des dysfonctions de proprioception

 

-la compréhension que, lorsque le système proprioceptif est dysfonctionnel, le cerveau ne reconnaît pas l'état correct de la tonicité des muscles au repos ou en mouvement, et par conséquent le modèle agoniste / antagoniste de Sherrington n'est pas applicable

 

-comprendre pourquoi d'autres traitements peuvent aussi être efficaces

 

-le traitement des types fonctionnels d’incoordination oculomotrice, diplopie monoculaire, scotomes paracentraux dans les champs visuels, insuffisance de convergence, quasi exotropie, asthénopie et métatopsie.

 

-la compréhension de l'importance du système visuel dans le Syndrome de Déficience Posturale nous a conduit à identifier un chapitre majeur, nouveau et passionnant en ophtalmologie (4)

 

 

Notre compréhension n'aurait pas été possible sans une recherche multidisciplinaire approfondie et l'échange d'idées et de pratiques cliniques, en particulier à la fin des années 1970 et au cours des années 1980 et 1990, avec des chercheurs et cliniciens de divers pays, dont le Portugal, la France, la Roumanie et le Japon. Nous avons présenté nos travaux lors de nombreuses conférences internationales et publié des articles dans de nombreuses revues (voir publications).

 

Remarque: les termes ‘Système Proprioceptif’ et ‘Proprioception’ sont fréquemment utilisés de façon interchangeable, même s'il s'agit en fait d'une simplification. Le terme ‘Dysfonctions de Proprioception’ est utilisé pour désigner les dysfonctionnements du système proprioceptif. Les cliniciens en France ont plus récemment inventé le terme ‘Dysproprioception’.

 

 

Sherrington CS. On the proprioceptive system, especially in its reflex aspect. Brain, 1907; 29:467-85

 

See for example Burke RE. Sir Charles Sherrington's The integrative action of the nervous system: a centenary appreciation, Brain, 2007; 130, 4:887–894

 

Martins da Cunha H. Le syndrome de déficience posturale – S.D.P. Actualités en rééducation fonctionnelle et réadaptation, 4 série, L Simone Ed. Paris: Mallon, 1979.

 

Martins da Cunha H., Alves da Silva O. (1986) Syndrome de déficience posturale. Un Nouveau et Grand Chapitre de L’Olphtalmologie, J Fr Ophtalmol (Paris), 9:747-755